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La pollution de Sanofi-Aventis à Vitry dénoncée par le Monde

Publié le jeudi 13 décembre 2007

Article du journal le Monde paru le 7 novembre 2007

Sanofi-Aventis épinglé pour pollution en Ile-de-France

Les temps sont durs pour Sanofi-Aventis, numéro quatre de l’industrie pharmaceutique dans le monde. Son site de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) subit la pression croissante des autorités : contravention pour non-respect des normes réglementant les rejets de ses eaux en Seine et dans le réseau d’assainissement public, mises en demeure de respecter les valeurs limites applicables aux rejets atmosphériques, succession d’arrêtés préfectoraux exigeant la mise en conformité des installations...

Un document interne recense les incidents chroniques dont souffre cet établissement fondé en 1908 par les frères Poulenc et aujourd’hui classé ISO 14001, une norme censée garantir une gestion environnementale exemplaire : "Juin 2007 : augmentation nette du nombre de dépassements (des seuils) en solvants avec six accidents reportés. Nombreuses plaintes externes sur les nuisances olfactives des eaux usées (H2S). Accidents environnementaux sur la MIBK (méthylisobutylcétone), la diéthylamine en juillet, sur le benzène (un solvant classé cancérogène, mutagène et toxique), courant août, et sur toluène, dichlorométhane, MIBK, méthanol et matières en suspension en septembre. 10-29 août : émissions récurrentes de benzène dues à un engorgement... 3 septembre : dépassement en méthanol de plus de 500 litres. 4-5-6 septembre : perte d’une opération de retraitement entraînant des bouffées de toluène. 11 septembre : fort dépassement en MIBK..." Le médecin de l’usine relevait fin août sur un poste de travail un pic de benzène 175 fois supérieur aux normes... Le même mois d’août, pour la première fois dans l’histoire de l’usine, la direction devait fermer un atelier pendant deux jours, le temps de trouver la source d’une "importante" fuite du même solvant. Impossible d’en obtenir la valeur précise. Le silence est la règle.

EVACUATIONS DE PERSONNELS

Le 4 septembre, un réservoir d’ammoniac déborde. Une tonne du toxique sera évacuée par les cheminées de l’usine, mais 100 kg du produit sont malencontreusement aspirés dans un laboratoire voisin où travaille une équipe de chercheurs. Plus de peur que de mal, affirme la direction de l’usine. La station de traitement des eaux usées "Seine-Amont" à Valenton a mis en place un système d’alerte qui lui permet d’évacuer son personnel lorsque la concentration des rejets toxiques en provenance de Sanofi dépasse les seuils autorisés, "le temps que les vapeurs se dissipent". Les évacuations étaient quotidiennes début septembre, selon un employé du site. Elles surviennent plusieurs fois par mois de façon plus courante. Comment de telles situations, dont l’impact sanitaire et environnemental est mal cerné, peuvent-elles perdurer, alors même que les normes en vigueur sont de plus en plus strictes ? Certains observateurs ont regretté jadis une certaine "complaisance" des autorités face à un employeur majeur du département. Ce temps est révolu. L’administration laisse peu de répit à l’industriel. En juillet 2006, un contrôle inopiné du Stiiic (Service interdépartemental d’inspection des installations classées, ministère de l’intérieur) relevait la présence non conforme de solvants dans les rejets en Seine et le réseau d’assainissement. "Rejets significatifs ne pouvant provenir que des activités de production et de recherche du site Sanofi-Aventis", précisait le procès-verbal. Six mois plus tard, des concentrations excessives en toluène, ODCB et MIBK sont de nouveau relevées. "Des explications et des propositions d’actions correctives restent à fournir", insiste le Stiiic dans un courrier adressé dernièrement à la préfecture.

Chaque arrêté préfectoral dresse les anomalies, fixe des objectifs chiffrés et des échéances. Le plus redouté concerne les effluents aqueux. Un plan d’action auquel Sanofi a dû s’engager doit aboutir en décembre 2007 à une réduction de 90 % des rejets de benzène, et au traitement des cyanures. Contre cet assaut des autorités, Sanofi a déposé un recours, non suspensif, auprès du tribunal administratif. "La direction considère que ces normes sont inatteignables dans les délais impartis et qu’elle n’a pas les moyens financiers pour mettre toutes les installations en conformité, rapportent les syndicats. De tels travaux coûteraient autour de 30 millions d’euros. Or, le site ne disposerait que de 15 millions..."

Willy Perrier, directeur de l’usine, annonce de son côté "une facture hygiène, sécurité, environnement de 10 millions d’euros par an, plus 3 millions de surcoût d’exploitation". Selon le principe "pollueur-payeur", le plus gros contributeur du département s’acquitte en outre de "redevances diverses, pour un montant de 7 millions d’euros". "Désormais, les produits les plus sensibles sont expédiés en camion dans un centre de traitement agréé, signale Willy Perrier. Ce qui va réduire les rejets de benzène dans le réseau de 80 % sur l’année 2007. Pour les 20 % restants, un dispositif devrait être mis en service pour 2008. Quant aux émissions de composés organiques volatils (COV), elles ont été réduites de 45 % par rapport à 2005 grâce à un traitement par oxydation thermique ou cryogénie (très basses températures)."

Ces mises aux normes sont d’autant plus attendues que le centre de recherche du site de Vitry sera l’un des piliers du pôle Medicen Paris-Région, appelé à devenir leader dans le domaine de l’innovation thérapeutique en Europe. Et que Sanofi-Aventis a rejoint dernièrement l’indice développement durable du Dow Jones, qui en fait, en principe, une entreprise modèle.

Cécile Guiochon

C h i f f r e s

7 milliards d’euros : résultat net de Sanofi-Aventis (+ 11 %) en 2006. Les dividendes versés aux actionnaires (2,3 milliards d’euros) ont augmenté de 15 %. 45 : nombre de sites de recherche ou de production du groupe en France. Celui de Vitry-sur-Seine est classé Seveso seuil bas. Il comprend un centre de production de principes actifs (700 salariés et 300 prestataires de services) et un centre de recherche (1 400 salariés). 2 000 tonnes : poids des rejets annuels de produits toxiques dans le réseau d’assainissement enregistrés sur ce site. S’y ajoutent 890 tonnes dans l’atmosphère, dont 18,6 tonnes de benzène (sources IREP, EPER, Sanofi). Article paru dans l’édition du 07.11.07


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